le découpage électoral au congrès de l'AFSP à Strasbourg

Publié le

Section Thématique 36

Le découpage électoral : histoire, enjeux et méthodes
An historical glance at redistrincting issues  

Responsables

Hélène Blais (Université Paris-Ouest Nanterre) hblais@u-paris10.fr
Christophe Voilliot (Université Paris-Ouest Nanterre) christophe.voilliot@u-paris10.fr

Présentation scientifique Dates des sessions Programme Résumés Participants

 

Présentation scientifique

Expression signifiante pour les observateurs de la vie politique des États parlementaires et pour les professionnels de la politique eux-mêmes, le « découpage électoral » n’a pas été, ces dernières années, une préoccupation majeure des politistes ou des historiens français à l'exception de l'Atlas historique des circonscriptions électorales françaises de Bernard Gaudillère (Librairie Droz, 1995) issu d'une thèse de l'École des Chartes, et de la synthèse en anglais de Michel Balinski, spécialiste en mathématiques électorales, publiée dans l'ouvrage collectif Redistricting in Comparative Perspective dirigé par Lisa Handley et Bernie Grofman (Oxford University Press, 2008). Inversement, la question du « gerrymandering » demeure une problématique classique, et périodiquement enrichie par de nouveaux travaux, de l'historiographie ou de la science politique américaine, ce dont se font écho les manuels ou les synthèses consacrés aux États-Unis.

L'actualité récente (l'ordonnance portant répartition des sièges et délimitation des circonscriptions pour l’élection des députés du 31 juillet 2009, les projets de réforme des circonscriptions cantonales et régionales) nous incitent aujourd'hui à une plus grande curiosité. Certes, le « (re)découpage » des circonscriptions est le plus souvent analysé, notamment dans les commentaires journalistiques, comme un acte de pure opportunité politique, non dénué de cynisme ou d'arrières-pensées électorales, à l'image des réformes des modes de scrutin (« Charcuter pour mieux régner », L'Humanité, 15/10/09 - « Les députés déchirés par le redécoupage », Libération, 07/10/09 - « Les coups de ciseaux de Marleix », Le Canard Enchaîné, 22/04/09). Toutefois, en s'accordant sur sa dimension historique, on tentera de le présenter à la fois comme un enjeu politique – pour les gouvernements, les entreprises partisanes et plus généralement l'ensemble des professionnels de la politique – et comme un problème où s'exercent et se donnent à voir tout une série de savoirs (cartographiques, juridiques, démographiques) constitutifs des sciences de gouvernement. Dans cette perspective, le « découpage électoral » peut être appréhendé comme une réalité (un ensemble de pratiques identifiées à défaut d’avoir été véritablement inventoriées et mobilisées dans une démarche de construction d’un objet de recherche) et comme un mythe (un objet sensé produire par lui-même des effets électoraux redoutables et redoutés), réalité et mythe qu’il importe de déconstruire et d’analyser en prenant en compte la dimension diachronique et les espaces divers qui les accueillent.

En tant qu'objet de recherche, le découpage électoral se trouve au confluent de plusieurs axes de recherche :

- l'étude des technologies d'État entendues comme l'ensemble des moyens matériels et cognitifs mis en oeuvre par des agents de l'État dans le cadre d'un processus de long terme et utilisés dans le cadre des opérations électorales ;
- l'étude du rôle des savants et des experts et des techniques mises en oeuvre pour la définition des circonscriptions électorales et des savoirs qui ont donné et qui donnent naissance à ces techniques ;
- l'étude des transformations de la représentation politique des territoires ou, plus exactement, de la manière dont des espaces géographiques ont été constitué comme entités politiques et administratives « représentables », à partir de l'invention des départements en 1790 (cf. Marie-Vic Ozouf-Marignier, La formation des départements. La représentation du territoire français à la fin du 18e siècle, Éd. de l’EHESS, 1989).

Compte tenu des propositions de communication retenues, il ne sera pas possible de proposer d'emblée une perspective comparative. Par contre, plusieurs questions sont susceptibles d'être posées à partir de travaux portant sur le seul cas français :

  • Dans quels contextes et dans quelles conjonctures gouvernementales s'opèrent les (re)découpages des circonscriptions électorales ?
  • Peut-on distinguer a priori des modalités propres à la redéfinition des circonscriptions électorales et à celle des circonscriptions administratives ?
  • Dans le même ordre d'idée, y-a-t-il lieu de distinguer, en ce qui concerne les pratiques et les savoirs mis en oeuvre, entre les circonscriptions utilisées pour des élections à caractère national et pour des élections à caractère local ?
  • Dans quelle mesure les découpages passés et leurs représentations, notamment cartographiques, influencent les (re)découpages ?
  • Comment sont pris en compte les déterminants juridiques, comme aujourd'hui la jurisprudence du Conseil Constitutionnel, dans les opérations de découpage ?
  • La vision commune aux politistes et à bon nombre d'acteurs des champs politiques et journalistiques du « gerrymandering » comme un « coup » tactique est-elle satisfaisante ou doit-elle être amendée dans un sens moins stratégique et mieux connectée aux travaux d'histoire des sciences et des techniques ? (cf. Delphine Gardey, Écrire, calculer, classer. Comment une révolution de papier a transformé les sociétés contemporaines, La Découverte, 2008).

Cette liste n'est pas close. Les intervenants de cette section thématique auront tout le loisir d'enrichir ce questionnement. En effet, et en forçant délibérément le trait, on pourra admettre que le découpage électoral est un objet pluridisciplinaire par nécessité : la multiplicité des pratiques et des savoirs qui le constituent et le donnent à voir au chercheur implique de faire appel aux problématiques et aux outils correspondants, ceux des géographes, ceux des historiens, ceux des juristes, etc.

“Gerrymandering” is a meaningful expression for many political observers of parliamentary States today. It is also a very common topic of english-speaking political science and political geography. However, the common french translation of this word – le découpage électoral – is more unusual in french-speaking academic litterature.
Recent events in France (the 2009 ordonnance portant répartition des sièges et délimitation des circonscriptions pour l’élection des députés and several redistricting projects) lead us today for greater curiosity. Is french gerrymandering only an act of sheer political expediency, a mixt of electoral cynism and partisan ulterior motives ? Can we compare it to our well-known electoral laws turnover ? Agreeing on the historical dimension of this phenomenon, we would like to take it on consideration, first as a major political issue and second as a stimulating topic for social scientists. The different ways of redistricting implement a great variety of knowledges and technologies (mapping, census, jurisprudence, etc.). That's indeed why this topic is sometimes a difficult one, it is not only a matter of political analysis or a matter of political theory.
The researchers of this workshop will have to answer to three questions :
1/ what are the tools used to redistrict ?
2/ who are the officials or the experts who are in charge of redistricting ?
3/ how political representation is affected by redistricting ?


Sessions

Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur la session suivante :
Session 2 : 1er septembre 2011 8h45-11h30
Voir planning général...

Lieu : IEP (salle 213)


Programme

Présidence : Hélène Blais (Université Paris-Ouest Nanterre)

  • Michel Bussi (Université de Rouen / IDEES)
    Le bureau de vote : une brique élémentaire du découpage électoral
    Discutant : Hervé Guillorel (ISP / CNRS)

  • Thomas Ehrhard (Université Paris-II Panthéon Assas / CECP)
    Dualité théorique et pratique : le découpage électoral au prisme révélateur de la mobilisation des savants et des savoirs
    Discutant : Hervé Guillorel (ISP / CNRS)

  • Frédéric Jaunin (Institut Benjamin-Constant – Lausanne)
    La loi Lainé de 1817 : Illustrations de la façon dont le pouvoir désire profiter d'une redistribution des cartes
    Discutant : Christophe Voilliot
    (Université Paris-Ouest Nanterre)

  • Thomas Marty (Université de Strasbourg / GSPE)
    Découpage et réforme du mode de scrutin législatif. Une comparaison des savoirs "géographiques" engagés sous les 3ème et 5ème République
    Discutant : Christophe Voilliot
    (Université Paris-Ouest Nanterre)

Publié dans actualité

Commenter cet article