annales 2007-2009

2007

 

Traiter l’un des deux sujets au choix.

 

Sujet 1 : Le totalitarisme.

  

Sujet 2 : Y-a-t-il des logiques à l’action collective ?

 

 


 

 

Sujet 1 : La politique est-elle « saisie par le droit » ?

  

Sujet 2 : L'ordre étatique.

 

 


 

 

 

2008

   

 

Traiter l’un des deux sujets au choix.

 

 

Sujet 1  La représentation

 

Sujet 2  Les critiques ordinaires de la politique

 

Le thème de la malhonnêteté supposée des hommes politiques est l'un de ceux qui reviennent le plus souvent. Nombreux sont ceux qui dénoncent les « magouilles » (femme 47 ans, CEP, assistante maternelle, à droite ; homme, 25 ans, IUT, agent immobilier, extrême-gauche), la « corruption » (homme, 49 ans, chirurgien dentiste libéral, à gauche, écologiste), le « manque d'honnêteté » (homme, 58 ans, chirurgien, origines gréco-marocaines, à gauche ; femme, 49 ans, niveau bac, éducatrice maternelle, vote PS ; homme, 65 ans, cadre supérieur retraité, études juridiques, proche du FN), le « monde pourri » (femme, 43 ans, d'origine portugaise, vendeuse et femme de ménage, a voté Laguillier puis Chirac en 1995 ; homme, 58 ans, bac, représentant de commerce, à droite, vote FN ; femme, 48 ans, niveau bac, assistante-marketing, assimilée agent de maîtrise, à droite, a voté FN en 1998 pour la première fois, épouse du précédent). Pour un homme, 25 ans, IUT, agent immobilier, il y a « des tas de pourritures qui profitent de tout l'argent », alors qu'il ya « trop de gens qui sont dans la merde ».

Ce sentiment que les hommes politiques en général, ou un grand nombre d'entre eux, commettent diverses malversations est parfois relié à des évènements des dernières années dont les personnes interrogées ont eu connaissance. Un homme de 59 ans, licencié en droit, diplômé de l'IEP, successivement journaliste, éditeur puis conseil en créativité qui se situe et vote à gauche, évoque les « magouilles », explique que les hommes politiques « profitent de la situation pour s'enrichir personnellement ou pour faire fonctionner leur parti » et déplore « l'image de plus en plus pitoyable de la vie politique ». Diverses références sont faites aux « affaires » (homme, 31 ans, cuisiner, à gauche, vote PS ou verts ; femme, 52 ans, médecin du travail dans un établissement public de recherche, à droite), au cas du « Maire d'Angoulême » (homme, 51 ans, ingénieur du CNAM, cadre supérieur dans une grande entreprise industrielle, vote à droite depuis une dizaine d'année), à « Tibéri » (homme, 39 ans , entraîneur sportif, à gauche ; femme, 22 ans, aide éducatrice dans le cadre d'un emploi-jeune, à gauche, vote PC), au « procès du sang contaminé » (mêmeenquêtée) ou aux « diamants de Bokassa » (homme, 38 ans, infirmier, vote PS). Pour d'autres, sans doute moins nombreux, les hommes politiques semblent naturellement portés à l'immoralité : « pour faire de la politique, il faut être spécial, ...un peu pourri, il faut être capable d'affirmer avec sincérité une chose et puis penser le contraire » (cadre supérieur, retraité, nettement orienté à droite, électeur du FN, déjà cité). Dans une autre perspective, c'est le pouvoir qui est corrupteur : « plus t'es haut et plus tu doit être une pourriture » (chômeur, sans ressources).

La vivacité des sentiments suscité par la médiatisation de divers scandales semble renforcée chez certains par la conviction que les dirigeants politiques profitent de leur situation pour échapper aux sanctions. Un ouvrier au chômage bénéficiaire d'un contrat emploi solidarité, peu préoccupé par les questions politiques mais qui a adhéré au PCF pour bénéficier d'un logement social, évoque laconiquement les « relaxes ». La jeune aide éducatrice parle de « traitements de faveur » à propos de « l'affaire du sang contaminé ». Une femme de 49 ans, niveau bac, éducatrice maternelle, divorcée, à gauche, n'a « pas l'impression d'avoir des gens honnêtes à notre gouvernement, qu'ils soient de droite ou de gauche » et elle associe ce sentiment aux « histoires de SIDA » et à « Fabius ...ils sont pas gênés ...ils ne sont jamais responsables ». L'ingénieur du CNAM souligne avec force qu'ils « sont pas soumis aux lois comme les autres ; ils font ce qu'il veulent ». L'agent immobilier est « outré qu'on ne punisse pas plus gravissimement les gens qui ont fait des conneries ...comme Carignon » et cite l'épisode de « l'hélicoptère de l'Himalaya » mobilisé pour venir en aide au Maire de Paris.

Un autre élément de critique fréquemment avancé réside dans la conviction que les hommes politiques ne se préoccupent que de leurs intérêts personnels : une élection, c'est « deux personnes qui se battent pour avoir la place du Maire, je m'en fous ...ils se battent pour eux (femme, 25 ans, sans diplôme, travaille sur un chantier d'insertion, épouse d'un ouvrier, sans préférence politique) ; « ils visent leur ambition personnelle, ça, faut jamais l'oublier » (homme, 25 ans, a abandonné des études plus que cahotantes, au chômage, sans ressources, vit avec sa mère divorcée dans un HLM, non inscrit sur les listes électorales, quelques penchants pour la gauche) ; « ceux qui se lancent dans la politique, c'est pour faire carrière » (homme, 24 ans, bac D, études techniques, fils d'agriculteur, sous les drapeaux, à droite) ; « il n'y a que leur place qui les intéresse » (représentant de commerce, électeur du FN).

Ces intérêts propres des acteurs politiques tacitement réduits à des intérêts individuels, le plus souvent matériels et non spécifiques, sont diversement interprétés. Ils renvoient dans certains cas à l'argent (la vendeuse et femme de ménage d'origine portugaise dénonce la « soif de monter,de gloire et de pognon »), aux privilèges et avantages des mandats électifs (le cuisinier a « l'impression qu'ils se font élire pour s'en fiche plein les fouilles, profiter de la voiture, profiter des 30 000 balles quant t'es député » ; le chirurgien dénonce la « gabegie des hôtels régionaux ...les voyages avec les épouses »), au « carriérisme » (vendeur en librairie et appelé du contingent), à l'ambition personnelle (chômeur de 25 ans, chirurgien et assistante marketing), au goût pour le pouvoir et aux usages personnels du pouvoir (une femme de 26 ans, licenciée en géographie et diplômée d'une école de cinéma, monteuse de films, déclare qu'elle n'a pas « d'illusion sur Jospin qui est un homme politique qui veut garder le pouvoir pour lui et ne pense qu'à lui »), aux postes et aux cumuls de postes (pour une homme de 70 ans, retraité, ancien chef d'atelier puis libraire, « il y a des gens qui doublent ...ils en veulent toujours plus ... Strauss-Kahn il veut cumuler [allusion à la candidature du Ministre de l'économie aux élections régionales en 1998] ...que ce soit un gouvernement de gauche ou de droite, ils n'ont qu'une idée, c'est leur poste à eux »).

Dans cette logique, les éléments les plus divers sont interprétés comme des confirmations de la subordination de l'action politique aux intérêts personnels des « politiciens ». Le nombre des candidats, la vigueur des polémiques ou l'âge élevé de certains élus est par exemple une confirmation que « la place est bonne ». Les hommes politiques sont ainsi suspectés de « se servir sur les dos des Français » (agent immobilier) et une opposition est tacitement établie entre l'action politique telle qu'elle est pratiquée et telle qu'elle devrait être. On le voit par exemple dans l'accusation de « préférer le fauteuil au boulot » (représentant de commerce) et les oppositions entre la carrière et « l'intérêt du pays » (assistante marketing), l'ambition et l'idéal (médecin du travail), l'ambition personnelle et l'ambition de projet (chirurgien), l'arrivisme ambitieux et les « contrats de société » (homme, 24 ans, origine algérienne, étudiant en DEUG de sciences), les « fonctions de pouvoir, ...les palais, le mépris du votant et la vision politique de la société » (conseil en créativité).

Certaines personnes interrogées établissent un lien explicite entre cette tendance supposée des acteurs politiques à ne se préoccuper que de leurs intérêts personnels et diverses « tares » de leur action. Les hommes politiques se voient par exemple souvent reprocher de « ne pas tenir leurs promesses » (homme, 72 ans, retraité, ancien chauffeur-livreur, propriétaire de quelques terres dans un village du Loiret, ancien conseiller municipal, à droite). Pour un homme de 47 ans, ingénieur du CNAM, dirigeant d'une micro-entreprise de sécurité pour la grande distribution, orienté à gauche, « à partir du moment où on atteint un pouvoir, on ne pratique pas les idées pour lesquelles on y est arrivé ...une fois que les gens ont voté pour le programme, on ne l'applique plus ».

De nombreux enquêtés pensent aussi que les politiques se contentent de « parler » au lieu « d'agir » : « les hommes politiques parlent davantage de leurs projets que de leurs réalisations » (homme, 24 ans, élève d'une grande école d'ingénieur, célibataire, vote à gauche) ; « ils disent beaucoup de trucs, ça agit pas vite ...ils sont tous pareils » (ouvrier) ; « depuis quelques années, on a un petit peu l'impression que c'est du baratin » (cuisinier) ; « il faudrait en dire moins et en faire plus » (éducatrice maternelle) ; « il faut arrêter de bavasser » (assistante marketing) ; « Qu'est-ce qu'il [Chirac] fait de la « fracture sociale »? Tout ça, c'est de belles paroles, mais qu'est-ce qui s'est passé ? Rien ! (dirigeant d'une micro-entreprise).

Certaines personnes interrogées se focalisent sur les polémiques et les luttes qui agitent le champ politique : une femme de 64 ans, retraitée, brevet complété par plusieurs sessions de formation permanente, contremaître puis responsable commerciale, épouse d'un artisan peintre, se déclare « antipolitique ...fâchée avec les hommes politiques [qui] sont des gens capables et arrivés [mais] qui se disputent [alors] qu'ils pourraient s'entendre ...ils font et défont ce que les autres ont fait ». L'infirmier, pourtant peu acrimonieux à l'égard de la politique, « n'aime pas la guéguerre entre eux ».

Les politiques se voient du même coup reprocher d'en arriver à des excès incompréhensibles pour des gens de leur condition. Cette impression s'appuie souvent sur l'écoute des retransmissions en direct des séances de question au gouvernement par la télévision : « je regarde beaucoup le mercredi après-midi ...c'est quand même drôle pour des types comme ça d'aller gueuler comme ça là dedans ! Il y en a un qui gueule tout le temps fort ...il critique toujours ...c'est vrai il gueule ! L'opposition, il en faut mais des fois, je me dis que c'est pas possible que des types comme ça ils font ...il y en a qui écoutent même pas, il y en a qui gueulent, d'autres qui foutent le camp ! » (chauffeur-livreur retraité). Plusieurs enquêté reprochent aux députés de dormir à l'Assemblée nationale (par exemple la vendeuse et femme de ménage déjà citée ; le retraitée ancienne responsable commerciale, « n'aime plus Barre depuis qu'il dort à l'Assemblée nationale ») ou de manquer de sérieux : « les députés discutent et font leur courrier, ils tapent sur les pupitres comme à l'école » (retraitée, ex responsable commerciale) ; « à la télé sur FR3, chacun défend ses thèses, mais c'est un peu la cour de récréation » (chômeur de 25 ans).

De tels agissements contribuent sans doute d'autant plus à la perte de crédibilité du personnel politique, qu'ils sont en affinité avec des représentations de l'activité politique diffusés par des émissions humoristiques des chaînes de télévision, dont l'écoute contribue, chez certains, aux visions critiques de cette activité : « les politiques ...je les prends pas au sérieux ...depuis que je regarde Les Guignols, c'est vrai, je les prends encore moins au sérieux » (assistante marketing).

 

Nde : ces entretiens ont été réalisés au cours de trois vagues successives de 1996 à 1998. Source : Daniel Gaxie, « Enchantements, désenchantements, ré-enchantements : les critiques ordinaires de la politique », communication au 6ème congrès de l'AFSP (Rennes, 1999)


 

 


2009

 



Traiter l’un des deux sujets au choix.

Sujet 1 : Genèse de l'État moderne

 
Sujet 2 (commentaire de texte) :


La société que nous appelons la société moderne est caractérisée, surtout en Europe occidentale, par un niveau bien déterminé de la monopolisation. La libre disposition des moyens militaires est retirée au particulier et réservée au pouvoir central, quelle que soit la forme qu’il revête ; la levée des impôts sur les revenus et les avoirs est également du domaine exclusif du pouvoir social central. Les moyens financiers qui se déversent ainsi dans les caisses de ce pouvoir central permettent de maintenir le monopole militaire et policier qui, de son coté, est le garant du monopole fiscal. Les deux monopoles se tiennent la balance, l’un étant inconcevable sans l’autre. A la vérité, il s’agit tout simplement de deux  aspects différents de la même position monopoliste. Si l’un disparaît l’autre disparaît du même coup, même s’il est vrai que le monopole du pouvoir peut être parfois menacé d’un côté plus que de l’autre.
Certaines préfigurations de la monopolisation des ressources financières et militaires d’un territoire relativement étendu s’observent déjà dans quelques sociétés où la division des fonctions est peu développée, notamment à la suite des grandes guerres de conquête. Mais ce qui est caractéristique des seules sociétés fondées sur une division très poussée des fonctions, c’est l’existence d’un appareil administratif permanent et centralisé chargé de la gestion de ces monopoles. C’est précisément la mise en place d’un appareil de domination différencié qui garantit la pleine efficacité monopole militaire et financier, qui en fait une institution durable. Dorénavant, les luttes sociales n’ont plus pour objectif l’abolition du monopole de la domination, mais l’accès à la disposition de l’appareil administratif du monopole et la répartition de ses charges et profits. C’est à la suite de la formation progressive de ce monopole permanent du pouvoir central et d’un appareil de domination spécialisé que les unités de domination prennent le caractère d’États.
Dans les États on assiste à la cristallisation de ces deux monopoles, auxquels viennent s’en ajouter d’autres : mais les deux monopoles mentionnés sont des monopoles clefs. S’ils dépérissent, tous les autres monopoles dépérissent, et l'État se délabre.
[...]
Compte tenu des lois qui régissent les mécanismes monopolistes, on pouvait prévoir avec un haut degré de probabilité qu’une des grandes dynasties de guerriers du territoire de l’ancien royaume franc d’Occident accéderait tôt ou tard à une position de prédominance et que, partant, les nombreuses petites seigneuries féodales se trouveraient réunies dans une seule unité de domination.
Or, il n’était nullement certain qu’une maison déterminée, la dynastie des Capétiens, sortirait victorieuse de ces luttes d’élimination et mettrait ainsi en branle le mécanisme monopoliste, bien qu’une analyse plus poussée permît de dégager les facteurs qui favorisaient cette maison par rapport aux maisons concurrentes. On peut affirmer que la question de savoir si un descendant des Capétiens ou d’une autre maison serait le détenteur des monopoles et le maître central de l'État naissant n’a été tranchée que pendant la guerre de Cent Ans.
[…]
Nous avons brièvement esquissé les premières manifestations de cette monopolisation qui, après le processus de nivellement de la propriété, se prolonge jusqu’au Xème et même jusqu’au XIème siècle. C’est la période de la formation de monopoles dans le cadre d’un territoire. Les premières luttes éliminatoires se déroulent à l’intérieur des petites seigneuries ; pour commencer, l’équilibre se déplace à l’avantage d’une minorité et plus tard d’une seule personne. Une maison – l’unité sociale qui s’impose est toujours une maison et non un personnage – conquiert par les armes tant de territoires que les autres ne sont plus capables de se mesurer avec elle sur le plan militaire et économique. Tant que les forces en présence sont comparables, le vasselage est plus ou moins théoriques : mais à mesure que se transforme le rapport des forces sociales, les liens féodaux apparaissent comme une réalité nouvelle. De nouveaux rapports de dépendance s’établissent ; mais la dépendance des nombreuses petites familles de guerriers à l’égard de la maison la plus puissante du territoire n’a pas encore, en raison de l’absence de toute administration centrale, la continuité et le caractère spécifique qu’elle revêtira plus tard, dans le cadre du régime absolutiste.
Notons pour bien marquer la rigueur de ce mécanisme de monopolisation que des processus analogues se déroulent à peu près simultanément dans toutes les parties de l’ancien royaume franc d’Occident. Louis VI, duc de France, qui porte le titre de « roi » de l’ensemble de ce territoire est un représentant de ce niveau de monopolisation parmi d’autres.

Norbert Elias,  La dynamique de l’Occident, Presses-pocket, 1990  (1ère ed. 1939)

 

 


 

 

Sujet 1  Commentez la phrase suivante :

« L'opinion publique n'est pas l'opinion de tous, elle est l'opinion de ceux qui en ont une » (définition extraite du Dictionnaire politique édité en 1842 par Garnier-Pagès).

 

Sujet 2 : La formation des États modernes.