corrigé sommaire de l'examen partiel du 29 mai 2010

Corrigé sommaire de l’examen partiel du 29 mai 2010

 

            Introduction[VOILLIOT1] 

            En 1948, le publiciste français André Siegfried rédige, avec semble-t-il les encouragements des autorités helvétiques, un plaidoyer intitulé La Suisse démocratie-témoin[1]. Il y décrit un « paradis perdu » qui contraste avec la triste atmosphère d'un continent européen encore marqué par les conséquences de la seconde guerre mondiale. Tout se passe comme si le « tempérament politique » national et un heureux concours de circonstance avaient contribué au maintien dans cet espace restreint de la « civilisation libérale » disparue ailleurs, faisant ainsi de la Suisse un « exemple pour l'avenir »[VOILLIOT2] . Dans la même perspective, le dossier proposé nous incite à réfléchir sur les usages de cette notion de démocratie[VOILLIOT3]  à partir de quatre documents[VOILLIOT4]  : un extrait du site internet de l'Assemblée nationale française, un extrait du bulletin Afrobaromètre de décembre 2008, un article de Ségolène Royal publié sur le site internet Désirs d'avenir en 2009 et un extrait d'un article de Pierre Bourdieu « Espace social et genèse des classes » publié dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales en 1984. L’ensemble de ces documents montrent, s'il en était besoin, que la notion de démocratie est polysémique et varie en fonction du contexte dans lequel elle est convoquée[VOILLIOT5] . La démocratie est une notion aux usages variés (1), que l'on peut appréhender comme une catégorie disponible pour imposer des visions du monde et de l'ordre social (2)[VOILLIOT6] .

            Première partie[VOILLIOT7] 

            La notion de démocratie est présente dans les discours sur soi (A) comme dans les références à des expériences étrangères (B), les deux pouvant se combiner (C)[VOILLIOT8] .

            A – La démocratie comme discours sur soi

            Dans les pays qui se considèrent comme démocratiques, la notion de démocratie est fréquemment invoquée, ce qui n'exclut pas des réflexions sur l'évolution des pratiques et des exigences démocratiques ; c'est ce que montre l'extrait du site officiel de l'Assemblée nationale française (document n°1)[VOILLIOT9] .  Dans ce texte, sont recensés trois « défis » contemporains : « le développement des nouvelles technologies de l'information », les « implications politiques du processus d'unification européenne » et le  « rôle croissant des collectivités locales », et le « risque d'érosion du civisme ». Ce texte a certes une dimension normative, évidente à la lecture. Il montre néanmoins que la démocratie ne saurait se réduire à un agencement institutionnel. La référence à Montesquieu et à la notion de « vertu » qu'il utilise dans De l'esprit des lois fonctionne ici comme le marqueur d'un problème politique présent : la baisse tendancielle de participation des citoyens aux formes imposées de la vie politique (ie les élections).

 

             B – Les références à des expériences étrangères

            Il peut paraître a priori étrange de faire référence à la conception « schumpeterienne » de la démocratie dans une enquête portant sur le Bénin et sur Madagascar (document n°2). Dans le protocole retenu, l'imposition de problématique est évidente ; de plus, il est vraisemblable que les questions posées n'avaient pas grand sens pour les personnes interrogées. Sans doute formé dans des universités européennes ou américaines (d'où la référence scolastique à un auteur qui figure en bonne place dans les enseignements de science politique), les enquêteurs tentent de faire émerger, de manière abstraite, une « demande de démocratie ». On mesurera la réussite de cette tentative au seul résultat tangible figurant dans le tableau n°4 : 99% des personnes interrogées refusent de dénier le caractère de démocratie aux institutions de leur propre pays, avec toutefois un taux de sans-réponse plus élevé s'agissant de Madagascar. Est-ce par fierté nationale ou par peur des conséquences d'une autre réponse ? Nul ne peut le dire. Le résultat aurait sans doute été différent si d'autres catégories, moins séparées des expériences pratiques des personnes interrogées, avaient été proposées.

 

            C – De l'Amérique comme miroir réfléchissant

            Depuis Tocqueville, il est courant de disserter sur la démocratie américaine pour tenter d'infléchir le cours des expériences politiques françaises. C'est à cet exercice que s'est livré Ségolène Royal en 2009 (document n°3), à une période où son leadership était contesté dans son propre camp et dans son propre parti. L'article fonctionne comme une mise en scène de soi, de sa capacité à être reçue et entendue par les grands de ce monde (occidental...), de sa compréhension des grands problèmes du moment et des solutions à leur apporter. Par comparaison, la vie politique française et ses leaders, ceux qui pour le moment supplantent Ségolène Royal, revêt un caractère « provincial ». Sans crainte de la grandiloquence – car les visiteurs potentiels du site Désirs d'avenir comptent logiquement parmi ses soutiens – l'ancienne candidate à l'élection présidentielle termine par un rappel de la célèbre formule du président américain Abraham Lincoln. C'est que dans le jeu politique, les références comptent. Elles classent ceux qui les utilisent tout aussi bien que les éléments programmatiques ou les références à une quelconque marque partisane.

 

            Au vu des trois premiers documents composant le dossier, il apparaît que la démocratie évoquée est une notion floue d'un point de vue normatif ; il est donc nécessaire de l'envisager comme une catégorie[VOILLIOT10] .

 

Deuxième partie

            En s'appuyant sur l'article de P. Bourdieu (document n°4) (A), on peut montrer que les catégories en usage au sein du champ politique servent à imposer des visions du monde et de l'ordre social (B).

 

            A – La démocratie comme catégorie

            Selon P. Bourdieu, les catégories à travers lesquelles nous percevons le monde social « sont, pour l'essentiel, le produit de l'incorporation des structures objectives de l'espace social ». Le recours à une catégorie plutôt qu'à une autre, les nuances (qui peuvent prendre la forme d'adjectif) qui servent à les préciser ne sont pas indépendantes des positions et des trajectoires suivies au sein d'un espace divisé en différentes classes sociales. La manière dont nous percevons le monde – l'opposition entre démocratie et dictature ou entre démocratie et totalitarisme en est une – n'est que le prolongement d'un rapport de force inscrit dans des rapports sociaux objectifs. C'est surtout au sein du champ politique, des intellectuels les plus proches de ce champ, et plus généralement chez tous ceux qui tentent de se faire les porte-paroles de groupes sociaux latents, que l'on retrouve des tentatives pour subvertir les catégories qui servent à énoncer l'ordre social ou pour conforter les usages dominants. C'est ce que souligne P. Bourdieu lorsqu'il précise que « la connaissance du monde social, et plus précisément, les catégories qui la rendent possible, sont l'enjeu par excellence de la lutte politique, lutte inséparablement théorique et pratique pour le pouvoir de conserver ou de transformer l'ordre social ».

 

            B – utilisable pour imposer des visions du monde et de l'ordre social

            Nous retrouvons les échos de cette « lutte politique » dans les exemples proposés par le dossier[VOILLIOT11] .

            Tout d'abord à travers les tentatives d'imposition d'un modèle « réaliste » de démocratie à des pays dont l'histoire récente montre ô combien l'importation de modèles institutionnels liés au processus de construction de l'État moderne en Europe occidentale est problématique. Peu importe ici que le Bénin soit conforme ou non aux réquisits du modèle démocratique occidental. Ce dont l'enquête Afrobaromètre témoigne, c'est de la volonté de certains acteurs politiques de ce pays d'imposer le modèle occidental comme horizon d'attente et comme perspective normative.

            De la même manière, les réflexions de S. Royal ou des rédacteurs anonymes du site internet de l'Assemblée Nationale ne font pas que nous livrer des réflexions désintéressées. Dans les deux cas, il s'agit d'imposer des problématiques à même de justifier des programmes politiques eux-mêmes ajustés à des visions du monde et de l'ordre social. Dans le cas de S. Royal, la référence américaine et à son président actuel Barak Obama font figure de référence, et non de modèle. En mettant en avant la dimension « morale » des enjeux politiques qu'elle évoque, S. Royal tente d'imposer une vision d'un monde « juste » où le cynisme et la nervosité – qu'incarne à ses yeux son adversaire de 2007 – doivent laisser place à « l'unité de la nation ». Quant au texte précédent, il a lui aussi un caractère programmatique malgré sa présence sur un site internet à caractère informatif. Nul doute qu'il n'exprime le point de vue d'une majorité de parlementaires : en effet, mettre en avant de « nouveaux » enjeux, ce que l'on peut analyser comme des luttes d'imposition, fait partie du travail politique ordinaire ou, pour le formuler autrement, de l'ordinaire des professionnels de la politique qui doivent, pour conserver ou conquérir des positions de pouvoir au sein du champ politique, proposer à intervalles réguliers de nouvelles visions du monde, et ce même si, au delà des apparences  prospectives du propos, celles-ci ne servent qu'à justifier l'ordre social et politique existant.

             Conclusion[VOILLIOT12] 

            Si la démocratie est une notion polysémique, elle le doit en grande partie à l'action de tous ceux qui la font fonctionner comme une catégorie et qui, en s'en prévalant, tentent d'imposer leur vision du monde et de l'ordre social[VOILLIOT13] . Pour autant, la sociologie politique n'est pas condamnée à la reprise naïve des jugements politiques ou à un relativisme corrosif. L'étude des catégories à travers lesquelles sont prononcés ces jugements, et des contextes dans lesquels ils sont prononcés, sont une alternative solide au « désenchantement démocratique ».

            Dans ces conditions, il est ainsi possible de se demander si le gouvernement des grandes métropoles n'est pas le principal défi qui sera opposé au XXIe siècle à la théorie et la praxis démocratique[VOILLIOT14] .



[1]    André Siegfried, La Suisse démocratie-témoin, Boudry, Éditions de La Baconnière, 1948.


 [VOILLIOT1]L’introduction de doit pas dépasser une page.

 [VOILLIOT2]La première phrase de l’introduction peut être une citation (exacte de préférence…) ou un paradoxe.

 [VOILLIOT3]Rappel du sujet.

 [VOILLIOT4]Présentation sommaire du contenu du dossier. Il est inutile de recopier intégralement les intitulés.

 [VOILLIOT5]Problématique du devoir.

 [VOILLIOT6]Annonce de plan.

 [VOILLIOT7]La première partie est une présentation exhaustive du dossier.

 [VOILLIOT8]Regroupement des documents en deux sous-parties. Il n’est pas impératif de respecter l’ordre de présentation du dossier.

 [VOILLIOT9]Référence aux documents utilisés dans le paragraphe.

 [VOILLIOT10]Transition entre les deux parties.

 [VOILLIOT11]Ce paragraphe doit faire le lien entre ce qui précède et  les éléments du dossier.

 [VOILLIOT12]La conclusion est indispensable mais ne doit pas excéder une demi-page.

 [VOILLIOT13]La première partie de la conclusion est un résumé de l’argumentation du devoir.

 [VOILLIOT14]La seconde partie de la conclusion est une ouverture sur un autre sujet.