corrigé sommaire de l’examen partiel du 5 juin 2009

 

            Introduction[V1] 

            Même si, au sein de l’assemblée générale de l’ONU, les Etats contemporains sont symboliquement représentés de manière égale, ils demeurent inégaux en termes de ressources et de puissance[V2] . Le dossier proposé nous incite à réfléchir sur l’évolution des rapports entre ces Etats[V3]  à partir de quatre documents[V4]  : un article du journal Le Monde sur le documentaire « Katanga business » ; un article du journal Le Monde sur la sécurité alimentaire ; un article sur la piraterie en mer du Transport Information Group et une carte sur l’acquisition de terres arables. L’ensemble de ces documents donnent à voir un ensemble de phénomènes distincts qui permettent néanmoins de caractériser les inégalités entre Etats et d’en comprendre les logiques[V5] . Les rapports entre Etats sont des rapports de puissance (1) qui opposent des Etats plus anciens anciens et des quasi-Etats (2[V6] ).

            Première partie[V7] 

            Les inégalités entre Etats sont perceptibles à plusieurs niveaux, notamment l’exploitation des ressources naturelles (A) et le phénomène de la piraterie en mer (B[V8] ).

            A – L’exploitation des ressources naturelles

            L’acquisition massive de terres arables par des firmes multinationales ou des Etats étrangers est un phénomène ancien mais qui s’est accru au cours des dernières années et est vraisemblablement amené à se développer (document n° 2 & n°4[V9] ). C’est la flambée des cours des matières premières agricoles en 2007-2008 qui a provoqué cette ruée vers la terre. La recherche de profits à court terme se combine aujourd’hui avec des impératifs stratégiques de sécurité alimentaire. Les principaux acheteurs sont en effet des pays semi-désertiques où les terres arables sont rares (Arabie saoudite, EAU) ou qui souffrent de sur-population (Chine, Corée du Sud) et qui doivent de ce fait importer une partie de leurs ressources alimentaires. A eux seuls, ces quatre pays ont acquis, en 2009, 7,3 millions[V10]  d’hectares de terres arables.

            Les pays « cibles » sont principalement des pays du sud (Laos, Soudan, Madagascar, etc.) où les formes traditionnelles de culture prédominent. Ces terres sont par conséquent sous-exploitées au regard des techniques agricoles modernes. L’Europe centrale et orientale est également concernée par le phénomène : la privatisation des terres agricoles y a attiré la convoitise d’investisseurs étrangers. En Roumanie, cela concerne 15 millions d’hectares de terres agricoles. Plusieurs ONG militent aujourd’hui pour la préservation des « droits d’usage » et contre cette concentration de la propriété agricole dans les pays du sud qui prive les paysans de leur accès à la terre. Ils mettent l’accent sur les risques politiques liés à la cohabitation entre population locale et investisseurs étrangers.

            L’accès aux matières premières à usage industriel pose des problèmes comparables (document n°1). La concentration de matières premières stratégiques dans les sous-sols de certains pays du sud est à l’origine d’une prédation orchestrée par des firmes multinationales avec la complicité des pouvoirs en place. La RD du Congo, et plus particulièrement la région du Katanga, est emblématique de ce phénomène. Dans les mines katangaises, les ingénieurs chinois ont succédé aux ex-colonisateurs belges. Protégées par des milices privées, l’exploitation minière est, dans ces pays, synonyme de violence – contre les populations – et de corruption des élites politiques et administratives.

             B – La piraterie en mer

            La piraterie en mer est un phénomène ancien mais en hausse ces dernières années. En 2007, 263 attaques de navire ont été recensées dans les différentes mers du globe par le Bureau maritime (document n°3), statistique vraisemblablement sous-estimée. Ce phénomène se concentre dans plusieurs régions stratégiques pour le trafic maritime comme le golfe d’Aden ou la mer de Chine. Outre les pertes financières enregistrées par les armateurs et les compagnies d’assurance, les Etats occidentaux redoutent les risques de catastrophe écologique ou de rupture des approvisionnements en matières premières.

            La piraterie en mer, qui concerne aussi les navires de plaisance, est une activité rentable pour les groupes armés qui s’y adonnent. Outre la revente de la cargaison, les « pirates » peuvent prendre en otage les équipages des navires et exiger une rançon pour leur libération. La lutte contre la piraterie n’est pas facile. Seuls quelques Etats disposent aujourd’hui dans le monde d’une marine de guerre : ni l’ONU ni la plupart des Etats riverains ne disposent des moyens militaires pour faire face à cette menace. La surveillance militaire n’est d’ailleurs pas toujours très efficace, car les pirates utilisent des bateaux rapides et bénéficient de nombreuses complicités à terre.

 

            S’il est possible d’identifier des responsables de ces atteintes à l’ordre international, c’est souvent d’ailleurs la perspective adoptée par les journalistes ou les réalisateurs de documentaire ; il convient également d’expliquer ces phénomènes en mettant en évidence la faiblesse des Etats concernés[V11] .

           

Deuxième partie[V12] 

            Les Etats victimes de piraterie où dont les ressources sont exploitées par des acteurs étrangers ont en commun d’être des quasi-Etats (A) dont le monopole sur la violence légitime est contesté (B).

            A – Des quasi-Etats en situation de d’interdépendance

            La plupart Etats composant la « communauté internationale » ne sont en fait que des quasi-États[V13] . Il s'agit d'États ayant durablement échoué à monopoliser les ressources fiscales et militaires nécessaires à leur constitution en tant que véritable unité autonome de domination, et qui se trouvent de ce fait placés en situation de dépendance structurelle vis-à-vis d'autres États ou d'institutions internationales. Au vu de la faiblesse structurelle de ces quasi-États constatée dans la première partie du devoir, il convient de s'interroger sur les raisons pour lesquelles ils subsistent malgré tout. Selon la « loi du monopole » proposée par Norbert Elias, ces quasi-États auraient dû, au moins pour la plupart d'entre eux, disparaître et être démantelés ou absorbés par des unités de domination plus puissantes. En fait, la situation internationale aujourd'hui n'est pas tout à fait comparable à l'Europe médiévale et de la Renaissance étudiée par N. Elias. La faiblesse structurelle de certains États est aujourd’hui compensée par l'action d'acteurs internationaux (organisations internationales et O.N.G.) sous la forme de l'aide au développement, c'est-à-dire de transferts de ressources qui viennent compenser la faiblesse des monopoles internes. Cette « souveraineté négative », pour reprendre une expression de Robert H. Jackson, est l'expression de chaînes d'interdépendance longues entre ces quasi-États et d'autres acteurs de la scène internationale. Ces quasi-États sont pour la plupart des enjeux pour les États occidentaux, et de plus en plus pour les pays dit « émergents ».

            B – dont le monopole sur la violence légitime est contesté

            Les entorses répétées aux monopoles étatiques sont communes à tous les exemples proposés par le dossier[V14] , que ce soit les Etats dont les côtes accueillent des pirates, ceux dont les mines sont exploitées et surveillées par des milices privées ou ceux dont les terres arables – et les paysans qui les cultivaient – passent sous contrôle de firmes étrangères. L’exemple de Madagascar est significatif, l’annonce de la vente massive de terres à des conglomérats sud-coréens a fragilisé les détenteurs de positions de pouvoir et a débouché sur un « coup d’Etat » et sur le renversement du président élu Marc Ravalomana[V15] .

            La déstabilisation des quasi-Etats révèle aussi une des lignes de tension de l’ordre international : la concurrence entre les pays « émergents » (Chine, Inde, Brésil) et les pays occidentaux. Les premiers privilégient l’accès aux ressources nécessaires à leur croissance économique, les seconds se doivent d’éviter la formation de « zones grises » où aucune autorité ne contrôle, ne serait-ce que de manière minimale, l’ensemble des territoires concernés comme en Afghanistan ou en Somalie. La représentation du globe comme un ensemble d’unités stabilisées de domination est donc fausse : de nombreux espaces échappent au contrôle des quasi-Etats qui sont en situation de concurrence permanente avec d’autres acteurs pour le contrôle des territoires et de leurs ressources.

            Conclusion[V16] 

            L’ordre international est un ordre inégalitaire où les « chances de puissance » (N. Elias) sont inégalement distribuées entre Etats et acteurs non-étatiques. La compétition pour les ressources jugées stratégiques, comme le pétrole aujourd’hui, est une donnée permanente de l’ordre international. Elle est un frein à l’institutionnalisation des autorités étatiques dans les pays les plus fragiles qui sont, pour la plupart, des pays ayant récemment accédé à l’indépendance[V17] .

            Pour autant, ces inégalités de puissance ne peuvent à elle seule résumer les enjeux à venir des relations entre Etats. Progressivement, on assiste à une prise de conscience d’enjeux communs à l’ensemble de l’humanité : le réchauffement climatique, l’épuisement des énergies fossiles, etc. Un monde divisé en Etats indépendants, ne serait-ce que formellement, sera-t-il en mesure de faire face à ces défis[V18]  ?


 [V1]L’introduction de doit pas dépasser une page.

 [V2]La première phrase de l’introduction peut être une citation (exacte de préférence…) ou un paradoxe.

 [V3]Rappel du sujet.

 [V4]Présentation sommaire du contenu du dossier. Il est inutile de recopier intégralement les intitulés.

 [V5]Problématique du devoir.

 [V6]Annonce de plan.

 [V7]La première partie est une présentation exhaustive du dossier.

 [V8]Regroupement des documents en deux sous-parties. Il n’est pas impératif de respecter l’ordre de présentation du dossier.

 [V9]Référence aux documents utilisés dans le paragraphe.

 [V10]Ce chiffre est obtenu par calcul à partir des données du document n° 4.

 [V11]Transition entre les deux parties.

 [V12]La seconde partie propose des éléments d’analyse issus du cours magistral et/ou des séances de TD. Elle peut être plus courte que la première.

 [V13]Jackson (R. H.), Quasi-States, Sovereignty, International Relations and the Third World, Cambridge University Press, 1990.

 [V14]Ce paragraphe doit faire le lien entre ce qui précède et  les éléments du dossier.

 [V15]Exemple tiré de l’actualité de l’époque.

 [V16]La conclusion est indispensable mais ne doit pas excéder une demi-page.

 [V17]La première partie de la conclusion est un résumé de l’argumentation du devoir.

 [V18]La seconde partie de la conclusion est une ouverture sur un autre sujet.