examen partiel du 25 mai 2011 - UP A

 

Introduction à la science politique UP A - Examen partiel du 25 mai 2011

 

 

sujet : À partir des documents suivants, vous vous interrogerez sur la place des sondages d'opinion dans le champ politique en France.

 

Document 1 : extrait du programme des Rencontres de Rennes organisées par le journal Libération le 15 avril 2011.

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Document 2 : EXTRAIT DU JOURNAL Pour d'avril 2011.

 

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Document n° 3 : article publié dans le journal Le Monde le 17 mars 2011

Les secrets de fabrique d'un sondage politique

La polémique sur les sondages resurgit. Elle a été lancée par la publication dans Le Parisien, les 6 et 8 mars, de deux enquêtes d’Harris Interactive qui plaçaient la présidente du Front national en tête au premier tour de la présidentielle de 2012, quels que soient les autres candidats. Les modalités de réalisation de ces enquêtes ont été critiquées d’autant plus vivement qu’une proposition de loi adoptée à l’unanimité par le Sénat, le 14 février, vise à imposer des règles de transparence beaucoup plus strictes aux instituts de sondage. Dans ce contexte, Le Monde a décidé de publier un sondage d’intentions de vote et d’en faire un décryptage aussi complet que possible.

Qui décide quoi ?

Le directeur général délégué d’Ipsos France, Brice Teinturier, a décidé, le 10 mars, de réaliser une enquête afin de confirmer, ou de corriger, la tendance tracée par Harris Interactive. Europe 1 s’y est associé. Bien qu’il ne soit pas un commanditaire régulier de sondages, Le Monde a saisi l’occasion pour tenter de mettre à plat les conditions déréalisation d’une telle enquête, dont le coût est de l’ordre de 10000euros. En accord avec Ipsos, nous avons décidé de ne publier des intentions de vote que sur le premier tour : faire des estimations de second tour est prématuré tant que l’offre politique, notamment socialiste, n’est pas connue. Pour le candidat du PS, les quatre hypothèses (Martine Aubry, François Hollande, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn) sont celles des personnalités qui paraissent en mesure de remporter la primaire prévue à l’automne. Pour les autres, nous avons testé les candidatures les plus probables. Ainsi a été retenue celle –déclarée–d’Eva Joly pour les écologistes, et non celle, encore virtuelle, de Nicolas Hulot. De même, dès lors que le centre droit entend être présent dans la compétition, nous avons testé Hervé Morin qui a clairement exprimé son intention de concourir, ce qui n’est pas le cas de Jean-Louis Borloo. Restait Dominique de Villepin: l’écarter aurait inévitablement été interprété comme un choix favorable à Nicolas Sarkozy; nous l’avons donc retenu, au risque de minorer le score potentiel du président sortant. Dès cette étape, il est donc clair qu’un tel sondage repose sur des choix discutables. Dans l’idéal, il faudrait tester toutes les candidatures et les configurations possibles. Cela conduirait à un questionnaire trop long et trop coûteux.

Qui interroge-t-on ?

Cette enquête a été réalisée sur un échantillon de taille classique (948 personnes), représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, personnes inscrites sur les listes électorales. Pour obtenir cette « France en miniature », Ipsos se fonde sur les données les plus récentes de l’Insee pour fixer le nombre de personnes à interviewer en fonction du sexe, des tranches d’âge, des catégories socioprofessionnelles, des tailles d’agglomération de résidence et des régions. Cet échantillon a été interrogé par téléphone. Pour Brice Teinturier, cette méthode est celle dont il a « le plus d’expérience » ; elle est moins coûteuse que le face-à-face et mieux maîtrisée que des questionnaires auto-administrés par Internet. Toutefois, pour tenir compte du fait qu’un certain nombre de Français n’ont pas de téléphone fixe, 5% des appels ont été adressés à des porteurs de mobiles. Ce sondage a été réalisé lundi 14 mars, entre 12 heures et 21 heures, par 74 enquêteurs d’Ipsos. Au total, quelque 7000 appels ont été nécessaires pour obtenir 948 répondants ; parmi eux, 847 ont exprimé une intention de vote. Chaque entretien a duré seize minutes. Pour éviter de privilégier tel ou tel candidat socialiste, le nom de chacun a été présenté selon le principe d’une rotation aléatoire. L’entretien comportait en outre des questions sur le profil des sondés : niveau d’études, proximité politique, votes lors du 1er et du 2nd tour de la présidentielle de 2007(dernier scrutin de même nature) et lors du 1er tour des régionales de2010 (dernière élection en date). Enfin, deux autres questions ont été posées: « Êtes-vous sûr d’aller voter ? » et « Votre choix de vote est-il définitif ou peut-il changer ? » La réponse à cette dernière question est essentielle : selon le candidat socialiste, entre 47% et 56% seulement des sondés répondent que leur choix est définitif. Cette information est beaucoup plus déterminante que l’invocation de « marges d’erreur », couramment évaluées à 3% pour un échantillon de 1000 personnes. En effet, il est statistiquement pertinent de calculer une marge d’erreur sur un échantillon sélectionné de façon aléatoire (comme c’est l’habitude dans les pays anglo-saxons). Mais cela n’est pas scientifiquement démontré pour un échantillon sur quotas. Évoquer de telles marges d’erreur conduit, selon Brice Teinturier, à « donner l’illusion de la scientificité » et à « se rassurer à bon compte ».

Quel redressement ?

Les réponses données par les sondés constituent les résultats « bruts ». Ce ne sont pas les résultats publiés. Le travail du sondeur consiste à opérer des correctifs et un arbitrage final. Le premier correctif est technique : si telle ou telle catégorie sociodémographique est imparfaitement représentée, une pondération lui est appliquée pour mettre l’échantillon « d’équerre ». Le second correctif est politique : il consiste à « redresser » l’échantillon –et non les intentions de vote– en fonction du résultat des élections antérieures. Si 5% des sondés déclarent avoir voté pour le candidat X en avril 2007 alors que celui-ci a recueilli 10% des voix, il faut appliquer un coefficient multiplicateur de 2 à ces sondés. Le même exercice est fait pour tous les candidats et sur plusieurs scrutins–dans le cas présent la présidentielle de 2007et les régionales de 2010. Cette opération de « redressement » comporte des faiblesses : les réponses sur les votes antérieurs peuvent être erronées ou insincères. L’expérience démontre, cependant, que cette correction permet de délimiter, pour chaque candidat, un intervalle d’intentions de vote beaucoup plus réaliste que les résultats bruts. A la veille du 1er tour de 2007, les « bruts » accordaient 5% à Jean-Marie Le Pen, dans tel grand institut ; or après redressement, l’intervalle des intentions de vote se situait entre 10% et 13%, beaucoup plus conforme à son score final (10,9%). Sur cette base, intervient enfin l’arbitrage qui prend en compte d’autres paramètres. D’une part, les réponses sur la solidité du choix et la certitude d’aller voter, qui donnent plus ou moins de consistance aux réponses en faveur de tel ou tel candidat. D’autre part, la sociologie politique fournit d’utiles indications sur les comportements des différents électorats, notamment en matière de participation.

Secret de fabrique ?

Les sondeurs ne rendent jamais publics leurs résultats bruts et leurs redressements. Brice Teinturier n’a pas souhaité le faire dans le cas du sondage que nous publions. Comme ses confrères, il estime que l’obligation de communiquer leurs chiffres et leur méthodologie à la Commission des sondages est déjà une garantie de sérieux. Il craint que la publication de l’ensemble de ces opérations complexes ne viennent nourrir un peu plus la confusion. Enfin, aucun institut ne souhaite voir son savoir-faire – et éventuellement ses faiblesses– livrés à ses concurrents.

Gérard Courtois et Thomas Wieder

 

 

 

Document n°4 : article publié dans le journal Le Monde le 9 mars 2011

 

Quand les études servent aussi à limoger les ministres

 

Un sondage ne fait jamais de mal pour confirmer une décision. Nicolas Sarkozy a décidé de limoger Michèle Alliot-Marie, conforté par le jugement très négatif des Français confirmé par les sondages. Il a fait de même avec le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux.

L'émission du président face à neuf français sur TF1, le 10 février, attestait du volontarisme du chef de l'État en matière de sécurité et d'immigration. Mais d'autres enquêtes ont montré que l'intendance ne suivait pas et que Brice Hortefeux ne parvenait pas à incarner suffisamment ce marqueur décisif du sarkozysme.

A l'heure de la démocratie d'opinion, le chef de l'État a été accusé de diriger les yeux rivés sur les sondages, comme en atteste le rapport très critique de la Cour des comptes de juillet 2009. l'Élysée avait signé en 2007 des contrats exorbitants, sans appels d'offres, avec la société de l'ancien journaliste de Minute et LCI, le politologue Patrick Buisson.

 

Croiser les courbes

 

Après avoir contré la menace d'une commission d'enquête parlementaire et de plaintes pénales – aujourd'hui enterrées -, l'Élysée a régularisé sa situation : des appels d'offres ont été passés et une grande partie du budget études et sondages a été déplacé à Matignon. Pour 2010, l'Élysée avait budgété 1,3 million d'euros de sondages. Mais aujourd'hui encore, Patrick Buisson se rend au moins chaque dimanche à l'Élysée, en compagnie du spécialiste de l'opinion, Pierre Giacometti, pour décortiquer, sondages à l'appui, l'évolution de l'opinion en compagnie du chef de l'État. L'équipe est complétée par le publicitaire Jean-Michel Goudard, le conseiller en communication, Franck Louvrier, et le secrétaire général de l'Elysée, Xavier Musca (...)

l'Élysée a recours a des enquêtes qualitatives au lendemain des émissions télévisées, comme celle face au Français. L'idée est notamment de croiser les courbes d'audience avec les sujets traités. Ainsi, selon Franck Louvrier, le président a été convaincant sur les sujets régaliens. Les thèmes développés par l'entrepreneuse de Bretagne ont moins concerné les téléspectateurs. Le but de ces enquêtes est aussi de vérifier si les personnes interrogées se sentent ou non bien représentées par les panélistes lors d'une émission qui s'est étirée en longueur.

Les sondages guident l'action du candidat Sarkozy. En 2007, il avait été particulièrement sûr de son fait, surveillant l'évolution de l'électorat frontiste dont peu avaient imaginé qu'il pourrait à ce point le siphonner. C'est pour cela notamment qu'il avait lancé l'idée d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Le concept avait été validé ex post par un sondage publié dans Le Figaro.

 

Arnaud Leparmentier