examen partiel du 29 mai 2010 - UP B

 

 

 

sujet : À partir des documents suivants, vous vous interrogerez sur les usages contemporains de la notion de « démocratie »

 

 

Document 1 : extraits du site officiel de l'Assemblée Nationale

La démocratie française est aujourd'hui confrontée au développement des nouvelles technologies de l'information, aux implications politiques du processus d'unification européenne, au rôle croissant des collectivités locales, enfin au risque d'érosion du civisme. Les nouvelles technologies de l'information favorisent aussi un accès plus rapide et plus facile des citoyens au fonctionnement des institutions démocratiques et les rapprochent des élus.

a- Le défi des technologies

De même que la Révolution industrielle a contribué à modifier les rapports de pouvoir au sein des sociétés occidentales et, partant, le fonctionnement des systèmes politiques de la fin du XIXe et du début du XXe siècles, les bouleversements technologiques actuels ne sont pas sans effets sur le fonctionnement de la démocratie. Le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication apporte des changements importants : les informations s’échangent désormais au plan mondial et de façon instantanée ; les transmissions d’images ou de textes ne font plus l’objet d'aucun filtre quant au contenu, ce qui peut conduire à mettre en scène le privé, l’intime, le confidentiel, à côté de l’anecdotique ou du dangereux. De tout cela, la démocratie doit se préoccuper, car la détention de l’information est au cœur de la relation de pouvoir. Les nouvelles technologies de l'information favorisent aussi un accès plus rapide et plus facile des citoyens au fonctionnement des institutions démocratiques et les rapprochent des élus.

b- Le défi des territoires

Le développement des infrastructures et des moyens de transport, la constitution d’entreprises internationales dont les capitaux sont levés dans de nombreux pays, la création d’ensembles politiques régionaux comme l’Union européenne, la renaissance des identités locales ou régionales, et l’intervention croissante des collectivités territoriales dans l’aménagement du territoire et dans l’économie, remettent en cause le fonctionnement traditionnel de la démocratie politique, le cadre essentiellement national de son épanouissement et le rôle de l'Etat. S’il est très excessif de prétendre que le niveau national est aujourd’hui dépassé, la démocratie ne saurait méconnaître ces changements d’échelle territoriale, sous peine de voir échapper au contrôle du peuple ou d’autorités légitimes qui le représentent, des pans entiers de l’activité humaine.

c- Le défi des hommes

Montesquieu, dans De l’esprit des lois, assure que la survie de la démocratie dépend de ce qu’il nomme " la vertu " et que nous appelons aujourd’hui la vertu civique ou le civisme. Le civisme désigne cette qualité du citoyen qui mêle l’esprit de responsabilité et le sens de l’intérêt général. La démocratie est menacée quand de trop nombreux citoyens, gouvernés ou gouvernants, se laissent aller à la corruption, à la démagogie ou à la logique de clan. La démocratie est également menacée lorsqu’une fraction de plus en plus grande des citoyens se désintéresse de son fonctionnement ou la considère comme un acquis. Par leur abstention et leur absence de participation, ils mettent en péril l’expression de l’intérêt général.

La protection et le développement futur de la démocratie supposent que trois conditions au moins soient remplies au quotidien :

  • Le respect de la loi, expression de la volonté générale, et des principes de l’État de droit.

  • La participation politique des citoyens aux affaires de la cité, et notamment aux scrutins.

  • La formation des citoyens aux mécanismes de représentation politique.

Document 2 : extraits du bulletin Afrobaromère n° 56 (décembre 2008) : « DEMANDE ET OFFRE DE DÉMOCRATIE AU BÉNIN : QU’EN EST T’IL ? »

En particulier, pour ce Round 4 d’Afrobaromètre, les béninois ont été soumis à une série de tests portant

sur la conception minimaliste de la démocratie de Schumpeter. Trois questions, de ce Round 4, ont permis

de voir si la conception « Schumpeterienne » de la démocratie coïncide avec ce que la «démocratie» veut

dire pour les béninois. Il s’agit des questions ci-après :

 

42B. Monsieur Anatole vit dans un pays avec beaucoup de partis politiques et des élections libres. Chacun est libre de s'exprimer sur les questions politiques et de voter pour le parti de son choix. Les élections conduisent des fois au changement du parti au pouvoir. A votre avis, quel genre de démocratie est le pays de Monsieur Anatole?

42C. Monsieur Bénoit vit dans un pays avec des élections régulières. Il y a un grand parti politique et plusieurs petits partis. Les citoyens sont libres de s'exprimer et de voter comme il leur plaît. Mais jusqu'ici, les élections n'ont jamais conduit à un

changement du parti au pouvoir. A votre avis, quel genre de démocratie est le pays de monsieur Bénoit?

42D. Madame Claire vit dans un pays avec des élections régulières. Il y a un grand parti politique et plusieurs petits partis. Les gens ont peur de s'exprimer sur les questions politiques ou de voter pour l'opposition. L'opposition est si faible qu'il semble qu'elle ne gagnera jamais une élection. A votre avis, quel genre de démocratie est le pays de madame Claire?

 

  • Une pleine démocratie

  • Une démocratie, mais avec des problèmes mineurs

  • Une démocratie, avec des problèmes majeurs

  • Pas une démocratie

  • Ne comprend pas la question / Ne comprend pas ce qu'est la “démocratie”

  • Ne sais pas

 

Pour ces trois questions l’enquêté répond sur une échelle de mesure graduelle qui va de « une pleine

démocratie » à «ne comprend pas la question/ne comprend pas ce qu’est la démocratie».

Tout niveau d’instruction confondu, la majorité des béninois s’accordent avec la conception

« Schumpeterienne » de la démocratie. Au total, 83% des béninois ont choisi (au plus pire des cas) la

deuxième modalité « une démocratie avec des problèmes mineurs » de la question Q42B. Un coup d’oeil

sur les trois tableaux ci-dessous, nous permet de déduire, d’une part, que les Béninois sont plus

« Schumpeteriens » que les Malgaches (51.5% des Béninois ont répondu « pleine démocratie » à la

question Q42B contre 32,5% des Malgaches). D’autre part, qu’au Bénin, les hommes sont plus que les

femmes (avec environ 55% des hommes contre 50% des femmes ont répondu « pleine démocratie » à la

question Q42B) et que les personnes résidant en zone urbaine sont plus que les personnes résidant en zone

rurale (avec environ 58% des citadins contre 49% des personnes résidant en zone rurale ont répondu

« pleine démocratie » à la question Q42B).

 

 

Document n° 3 : extraits du site Désirs d'avenir

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La plus belle définition de la démocratie (Lettre d'Amérique 5) par Ségolène Royal – 23 janvier 2009

"Mon voyage en Amérique s'est achevé aujourd'hui. Une nouvelle ère a débuté, le changement est en marche. Barack Obama a pris une décision symbolique, la première : comme il l'avait promis, la prison de Guantanamo sera fermée d'ici un an. L'Amérique est fière à nouveau, fière du visage qu'elle offre au monde.

En quittant Washington, en dialoguant à l'aéroport avec des Américains, je sens une confiance nouvelle, dénuée d'arrogance. Je mesure la force tranquille que donne la volonté de renouer avec un destin collectif. Un pays divisé est un pays affaibli, nerveux, aux aguets, perméable aux tentations violentes. Un pays uni est fort, capable de surmonter les épreuves sans chercher à en imposer aux autres.

Les réunions de travail que j'ai eues mercredi m'ont confirmé la volonté de changement et de résultats des nouvelles équipes en place. Au Sénat, je me suis entretenu avec Amy Klobuchar, une jeune sénatrice du Minnesota, étoile montante du Parti démocrate et spécialiste des questions environnementales. Signe encourageant, elle souhaite qu'à Copenhague l'année prochaine, un accord soit enfin signé par tous les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre, au premier rang desquels les Etats-Unis et la Chine.

Elle s'est montrée par ailleurs confiante sur les chances de bonne entente et de coopération entre la Maison blanche et le Sénat, tout accord international de cette envergure devant être ratifié par la « Chambre des Etats ». Le fait que Barack Obama et Joe Biden en soient issus (pour la première fois depuis l'époque Kennedy/Johnson) explique cet optimisme.

Nous avons évoqué les réticences de l'industrie automobile américaine à changer ses habitudes. La demande  a évolué, les familles durement touchées par la crise préfèrent désormais des voitures plus économes en carburant. Mais l'offre américaine n'a pas su s'adapter,  avec pour conséquence la crise majeure que traversent des géants comme General Motors.

Pour toutes les entreprises automobiles qui cherchent à modifier leurs gammes de voitures en faveur de plus petites cylindrées, Amy Klobuchar propose de mettre en place, à titre transitoire, des compensations financières. Idée pertinente  à étudier  : la relance de l'économie et l'avènement d'un nouveau modèle de développement respectueux de l'environnement sont plus que jamais liés.

Au Congrès, j'ai eu également une réunion avec James Oberstar, président de la Commission des Transports à la Chambre des Représentants. Personnage très chaleureux, James Oberstar est par ailleurs francophile. Il m'a remis en détail la partie « investissement » du plan de relance, Etat par Etat, dépense par dépense.

Le montant global du plan Obama est de 800 milliards de dollars sur deux ans, soit 3% du PIB chaque année. Le stimulus sur l'économie américaine est considérable, grâce notamment à un crédit d'impôt de 1000 dollars par an qui touchera 150 millions d'Américains. 85 milliards de dollars concernent les seuls investissements en infrastructures, avec un volet environnemental important (...)

C'est donc un programme de modernisation sans précédent depuis le New Deal de Roosevelt en 1932 qui sera adopté dans les prochains jours. Peut-être pourra-t-il servir à acheter les TGV qui font si cruellement défaut aux Etats-Unis ! James Obestar soulignant le besoin d'équipements en trains à grande vitesse, je lui ai en tout cas suggéré d'acheter la technologie française développée par Alstom !

A la FED, la banque centrale américaine, j'ai eu un entretien avec le Gouverneur Warsh, un des quatre membres du Board. Entretien d'une grande franchise, révélateur d'un changement d'état d'esprit. Interrogé sur l'origine de la crise financière, le gouverneur a eu des mots durs à l'égard des institutions chargées de la régulation financière, parlant même de « paresse »  et de « complaisance ».  Lucidité salutaire, qui devrait rendre possible de nouvelles pratiques.

La journée de mercredi, consacrée aux problèmes financiers, économiques et environnementaux s'est achevée par un déplacement au Lincoln Memorial. Pour Barack Obama, Abraham Lincoln est le président capital de l'histoire américaine : c'est lui qui a eu le courage d'abolir l'esclavage le 1er janvier 1863 ; lui aussi qui a eu la force d'âme de prôner sans relâche l'unité de la nation.

Au centre de ce lieu de mémoire trône la statue majestueuse de Lincoln, devant laquelle Martin Luther King prononça en 1963 son célèbre « I have a dream ». Et à côté, gravée dans le marbre, l'adresse qu'il prononça à Gettysburg, avec cette formule lapidaire qui offre la plus belle définition de la démocratie : « Un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».



 

Document n°4 : Pierre Bourdieu, « Espace social et genèse des "classes", Actes de la recherche en sciences sociales, 52-53, juin 1984, pp. 5-6.

 

DISPONIBLE SUR http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1984_num_52_1_3327